Philippe le vit pâlir terriblement. Il était en quelque sorte frappé avant d'avoir lu.

Il passa le papier à Philippe. Pendant que celui-ci en parcourait le contenu d'un seul regard, M. Laïs glissa de côté sur la chaise et tomba évanoui.

Cette première syncope dura peu. Il reprit ses sens au bout de quelques minutes et se reprocha sa faiblesse amèrement. Croit-on aux lettres anonymes? Mais pendant qu'il parlait avec énergie, plaidant contre lui-même la cause de notre loyauté bretonne, une seconde syncope survint. Philippe, ayant desserré ses vêtements, vit que sa blessure rendait du sang frais en abondance. Il porta le père évanoui sur son lit. En quelques minutes, le lit fut inondé.

Le médecin, qu'on avait été querir en toute hâte arriva sur le minuit. M. Laïs avait recouvré sa connaissance; comme il demandait un prêtre, le médecin dit; «Si nous n'arrêtons pas l'hémorragie avant le lever du jour, il y aura lieu.»

Philippe acheva en disant que, depuis une heure environ, le prêtre était avec M. Laïs.

Annette avait écouté, immobile et silencieuse. Elle était assise entre nous et tenait nos mains serrées contre sa poitrine. Le prêtre sortit et nous dit:

«Allez voir mourir un saint.»

Philippe le pria de rentrer pour annoncer à son père le retour d'Annette et le mien.

Nous entendîmes presque aussitôt après la voix de M. Laïs, forte et profonde, qui disait:

«Béni soit le nom de Dieu! qu'ils viennent, qu'ils viennent!»