Nous fûmes obligés de porter Annette. M. Laïs était soulevé sur son séant. Ce qui me frappa, ce fut l'idéale beauté de ce visage de vieillard. C'était un buste de marbre, illuminé par l'auréole. Nulle contraction ne dérangeait le dessin correct et antique de ses traits; les masses de ses cheveux blancs tombaient, comme la veille, sur la blancheur de ses joues: rien ne me semblait changé, sinon le regard de ses yeux agrandis.
«René, me dit-il, comme je m'agenouillais, baisant sa pauvre main froide et mouillée, je crois que je vous aime mieux que mes propres enfants. Je vous aime pour vous et pour Annette. Vous avez deux parts dans mon cœur. René, mon cher fils, je serais mort triste si j'étais mort en doutant de votre frère.»
Je lui répétai les propres paroles de Gérard. Je lui dis combien il était à nous et le jugement qu'il portait sur Annette.
«Tu me caches quelque chose!» murmura-t-il.
Et Philippe ajouta:
«Le père a droit de tout savoir.
—C'est vrai, m'écriai-je. J'ai soustrait l'amertume du baume, et j'ai mal fait. Sachez donc toute votre fille.»
Et je lui racontai l'épreuve folle tentée par Gérard. Il m'écouta en souriant. Ses yeux rendaient grâces au ciel.
«Elle ne s'est point défendue! dit-il, comme on chante un cantique; elle n'a point été indignée; elle a pris la main qui voulait l'outrager, elle l'a appuyée contre son cœur; elle a dit un seul mot: Mon frère! et toute l'âme de ce bon soldat s'est réveillée! Ah! je suis comme elle, je n'en veux pas à Gérard de Kervigné. Moi aussi, je lui donne le baiser de paix et je l'appelle mon fils devant Dieu.»
Il se pencha; je sentis ses lèvres glacées sur mon front.