—Ah! chère petite! Dieu me préserve de le dire! Tu as été toujours près de moi douce et facile comme un ange! C'est là précisément ce qui te distingue des autres domestiques. Les domestiques, à présent, sont les ennemis de leurs maîtres, et toi, il semble que tu n'aies qu'une pensée du matin jusqu'au soir: nous plaire. Depuis bien longtemps, je n'ai eu de consolation et de joie qu'avec toi. Mon mari et moi c'est le jour et la nuit, et pourtant, tu sais te faire bonne pour l'un comme pour l'autre. Ma pensée, Anna, chère enfant, c'est que tu es au-dessus de ton état. Ton langage n'est pas celui de nos Bretonnes; Juliette, ma fille, la marquise, n'avait pas les doigts plus délicats que toi, et il n'y a pas jusqu'à tes brusqueries qui ne ressemblent point aux colères du village....»
Annette soupira et murmura.
«J'ai pourtant fait ce que j'ai pu!
—Pour me tromper, n'est-ce pas, chérie?» demanda vivement ma mère.
Annette baissa les yeux et garda le silence.
«J'en étais sûre! s'écria l'excellente femme avec un élan de joie. Il y a là quelque dévouement comme ceux qu'on raconte dans les livres! Tu es une demoiselle! tu t'es mariée par amour malgré le consentement de tes parents.... Tu pleures!.... Se peut-il qu'il y ait des gens assez durs!.... car tu n'as pu choisir qu'un homme digne de toi, j'en jurerais!
—Oh! oui! balbutia Annette, qui n'avait pas besoin ici de jouer l'émotion, digne de moi!
—Vois donc! Et pourquoi vous a-t-on fait du chagrin? parce qu'il était pauvre sans doute? et d'une naissance inférieure à la tienne? car tu es de sang noble, j'en mettrais ma main au feu!»
Annette n'était pas là pour faire son cours de philosophie et disserter en elle-même sur les merveilleuses inconséquences de notre pauvre nature humaine.
L'indignation de ma mère s'échauffait et grandissait, fouettant avec une énergie inattendue la paresse de son caractère. Il lui fallait évidemment toute sa charité chrétienne pour ne point maudire hautement ces parents injustes et cruels qui avaient pu rejeter loin d'eux un pareil trésor, pourquoi? Parce que....