Mon Dieu! cela est certain! l'idée de son fils René ne vint point en ce moment à ma bonne mère.

«Veux-tu, reprit-elle avec une chaleur croissante, je puis bien te proposer cela, car je suis certaine, oh! parfaitement certaine d'avoir l'approbation de M. de Kervigné, veux-tu rester toujours avec nous? non plus comme servante, mais comme amie? Tu seras servie à ton tour et je voudrais bien voir qu'il y eût ici quelqu'un pour te manquer de respect! Tu seras ici autant que Vincent Bélébon: bien plus que Vincent Bélébon, car on ne l'aime pas et l'on t'aime!»

Annette se pencha sur sa main et la baisa.

«C'était mon rêve! murmura-t-elle. Rester avec vous toujours!

—Eh bien?» fit ma mère, déjà épouvantée.

Annette se redressa et montra deux grosses larmes qui roulaient lentement sur sa joue.

«Je suis venue ici pour mon mari, dit-elle, pour mes enfants. Laissez-moi parler, madame. Je ne vous connaissais pas, c'est vrai, mais dès que je vous ai vue, tout mon cœur s'est élancé vers vous! Avoir une mère comme vous, ah! bonté du ciel!... si je pouvais être heureuse quelque part, loin de la plus chère moitié de mon âme, ce serait près de vous. Mais on compte trop souvent sur le courage qu'on se promet d'avoir. Mon mari souffre là-bas, je le sais; mes petits enfants m'appellent...»

Ma mère courba la tête à son tour.

«C'est vrai... c'est vrai! pensa-t-elle tout haut. Tu ne peux pas nous aimer comme tu les aimes.»

Elle prit la broderie des mains d'Annette et la plia.