Tancrède vint, Mandina lui offrit un verre de cassis, puis, usant des innocentes séductions de son sexe, elle l'entraîna dans sa chambre où elle l'enferma à double tour, en ayant soin de mettre aussi le verrou et plusieurs barres de fer très solides.

Dès lors, Messa, Sali et Lina manquaient de factionnaire. Leur sécurité devenait chimérique.

Mandina avait ses projets. Elle se coiffa d'un chapeau de bergère, ôta sa crinoline et mit un faux nez. Ainsi travestie, elle descendit l'escalier quatre à quatre. En descendant et par surcroît de précaution, elle posa sur son faux nez, une paire de lunettes vertes, propriété d'un jeune écrivain déjà célèbre qui portait ombrage à Brissac. Il avait tort. On peut avoir sur soi les lunettes vertes d'un jeune homme dépourvu d'aisance, sans pour cela manquer aux lois de l'honneur.

Parvenue au rez-de-chaussée de la Maison du Repris de justice, Mandina de Hachecor enfila l'allée et se glissa comme un vent coulis derrière les trois Pieuvres mâles qui causaient toujours. Boulet-Rouge la vit, il avait un oeil d'aigle, mais, trompé par son déguisement, il la prit pour un bas-bleu.

Mandina franchit la chaussée et s'élança sur le trottoir opposé où se trouvaient également trois hommes, bien différents de Messa, Sali, Lina.

Peu de personnes ont eu connaissance de cette grande lutte entre le duc de Rudelame-Carthagène et le docteur Fandango. L'autorité étendit un voile prudent sur ces horribles massacres, afin de ne point effrayer les touristes qui sont la fortune de Paris.

De même que les trois Pieuvres mâles de l'impasse Guéménée étaient soudoyés par le duc, de même les trois belles et robustes natures, rassemblées sur le trottoir opposé travaillaient pour Fandango.

C'était Pollux, le joueur d'orgues, Castor, le rémouleur et
Mustapha, le conducteur de citadine.

Tous trois déguisés en hommes du peuple!

Remarquez ceci: Jadis les gens du peuple se déguisaient en grands seigneurs pour faire leurs méchants tours; aujourd'hui, 'depuis que le roman coupable dispose des doubles fonds de Paris, les gens de qualité se mettent en voyous pour pouvoir pénétrer dans tous ces souterrains où grouille le crime. C'est un échange fait entre l'auvergnat à cinq centimes et l'habit noir à un sou.