La jeune fille, étendue sur les dalles de l'allée, venait de mettre au jour de la nuit, au milieu des souffrances les plus atroces, un enfant du sexe masculin, très bien conformé et très viable.
Le vieillard, dont la figure de hibou exprimait une cruauté incalculable, essayait d'une main d'étrangler l'enfant nouveau-né, et de l'autre, de poignarder la jeune fille avec un crick malais d'un travail curieux et manifestement empoisonné[4].
Une seconde encore, et c'en était fait des deux infortunées créatures.
Anaïs le comprit; ce n'était qu'une faible femme, douée d'une éducation médiocre et de moeurs relâchées, mais elle avait de l'initiative. Son coeur généreux bondit dans sa poitrine. D'une main elle alluma d'un seul coup toutes ses bougies, de l'autre, elle tint en l'air ce feu d'artifice peu dangereux, mais éblouissant.
Le vieillard, épouvanté, laissa échapper un geste de désappointement et se glissa en rampant vers la rue.
Anaïs le poursuivit pour lui demander son nom et son adresse. Elle ne le vit pas sur le trottoir, mais une voix qui n'avait rien d'humain bourdonna à son oreille:
— Femme imprudente, crains la vengeance du bisaïeul!
— Des nèfles! répondit-elle dans la gaieté de sa vaillance populaire.
Puis elle revint dans le fond de l'allée, mit l'enfant nouveau-né dans la poche de son tablier et aida la jeune accouchée à monter les deux étages qui conduisaient à l'atelier. Quoique privée de sentiment, l'inconnue avait encore l'usage de ses jambes.
On doit juger de l'étonnement des Léocadie et des Amanda, quand la gérante, ouvrant la porte de l'atelier, fit entrer la jeune mère et tira l'enfant caché dans son sein.