Et, de plus, Barbedor avait une idée colossale: il voulait faire percer la barrière des Paillassons.
Non, Barbedor n'était pas un coquin,—mais ce qui est bien plus grave, c'était une dupe.
Comment dire le mépris que doit inspirer un homme qui n'a point les vains préjugés des honnêtes et qui végète, et qui se coule! Au moins, ces braves industriels ci-dessus mentionnés font tout doucement leur petite fortune. Qu'ils soient absous!
Barbedor, alléché par les splendeurs de l'hôtel de Sainte-Croix et de la maison Garnier de Clérambault, avait fait plus que prêter son humble établissement aux intrigues matrimoniales: il avait sollicité l'honneur d'une association, et ses pauvres économies étaient allées le diable sait où.
On lui avait promis de si belles choses!
Du reste, Clérambault et la marquise faisaient ce qu'ils pouvaient. Ce métier de marieur ressemble à la pêche à la ligne: il faut que le poisson morde. C'est à peine si Barbedor osait se plaindre.
Aussi la mélancolie le prenait, et, comme nous l'avons vu, les gens de sa maison lui trouvaient déjà l'air d'un homme qui se noie.—C'était à ses heures de tristesse surtout que le souvenir de Jean Lagard lui revenait.
Ce soir, en achevant sa dernière pipe et en versant dans son verre le reste de sa cruche, il se disait:
—Voilà le moment! Jamais il n'arrivait juste pour dîner... Quoi! c'était jeune, ça flânait... Moi, j'attendais... et je reconnaissais bien son pas derrière le coude de la ruelle...
Il s'interrompit pour écouter.