—Tout de même.
Ils s'attablèrent. Le bonhomme bourra sa pipe; Jean alluma un cigare. Mais il n'y avait point entre eux cet abandon que promettait la chaleur de leur commun accueil.
—Ah çà! garçon, dit Barbedor, quand l'absinthe fut servie et qu'on eut trinqué,—qu'as-tu fait, depuis le temps, par le monde?
—Ceci et ça, mon oncle. J'ai été loin et je suis revenu... j'ai eu des hauts, j'ai eu des bas... ça m'a servi plus d'une fois dans les sociétés, de me poser comme l'élève de Jean-François Vaterlot, dit Barbedor...
—Vraiment! fit le bonhomme.
—D'autres fois, reprit Jean Lagard,—ça a fait qu'on m'a ri au nez... Alors, je leur ai donné un échantillon du latin de papa... Ce que j'aurais voulu, c'est travailler honnêtement, comme on dit, avoir un état, quoi!... mais, quant à ça, vous aviez négligé mon éducation...
—Y a-t-il un plus bel état que le nôtre? interrompit l'oncle.
—Ça dépend des goûts, répliqua le neveu;—moi, je l'aime assez parce qu'on s'y repose vingt quatre heures tous les jours... mais il y a des inconvénients... ça ne donne pas assez de considération dans son quartier... Et puis ma marraine m'avait conseillé...
—En voilà une que tu écoutes, ta marraine! gronda Barbedor jaloux.
—Au lieu d'être ma marraine, prononça tout bas Jean Lagard,—si celle-là eût été ma mère, j'aurais été un bon sujet, comme le lieutenant Vital.