Parfois, cependant, on voit tout à coup une activité inaccoutumée réveiller ce paysage morne. C'est alors comme une résurrection bizarre au-devant de la façade dessinée par le grand roi. Un mouvement se fait dans le parterre; d'antiques uniformes montrent au soleil leurs dorures fanées. On voit s'agiter ce peuple de vieillards mutilés, qui vient ouïr encore une fois la voix des géants de bronze et s'enivrer aux fumets du salpêtre.
Le canon gronde,—la ville écoute.
Tantôt c'est un héritier qui pousse son premier cri dans la couche souveraine.—Cent un coups pour dire à la France de saluer le berceau de son maître.
Tantôt c'est comme un écho lointain de cet autre canon qui tonne contre l'étranger.—Cent un coups encore, c'est une victoire!
Il gronde, le canon des Invalides, pour célébrer les fêtes nationales; il gronde pour solenniser les illustres funérailles.
Ah! c'est une voix puissante, celle-là,—mais vaine.
Nous l'avons entendue quand tomba Charles de Bourbon, le dernier roi gentilhomme; quand Louis-Philippe d'Orléans vint aux Tuileries, elle tonna, cette voix, solennelle et vide comme les serments des hommes; elle tonna encore quand Louis-Philippe, roi, prit ce chemin obscur qui le menait à l'exil. La jeune république lui dit: «Éclate!» Elle s'enfla pour obéir à la jeune république. «Le peuple est roi!» criait-elle. Et du même ton, quelques années après: «Vive l'empereur!»
Ils sont là, prêts à tout, ces hurleurs de bronze. Ils sont là qui attendent.
Ils crient la mort et la vie, impassibles qu'ils sont dans leur esclavage turbulent.
C'est l'histoire qui n'a pas d'entrailles.