Les deux demoiselles du Tresnoy s'étaient déjà dit en regardant celle-ci:
—En voici une qui n'a pas l'air embarrassé!
Par le fait, l'air pensif et un peu triste de cette belle Maxence ne se mêlait à aucune apparence de timidité.—Elle semblait indifférente à ce qui l'entourait, et ces petits émois qui prennent les fillettes à leur entrée dans le monde ne se montraient point en elle.
—Figurez-vous, reprit Juliette du Tresnoy en s'adressant à Maxence,—que ce bonhomme fait notre joie! On l'entend d'ici raconter ses batailles!
—Il connaît tous les invalides, ajouta Dorothée, la jeune sœur.
—Tous ces vieux, dit madame de Grévy, vont finir par se croire un peu les beaux-pères du comte.
Les deux demoiselles du Tresnoy éclatèrent de rire et la vicomtesse acheva:
—De sorte que M. Mersanz fera pendant à la fille du régiment: ce sera le gendre de l'hôtel royal des Invalides.
—Que vous êtes méchante, chère belle! fit madame du Tresnoy quand la gaieté fut calmée; vous scandalisez madame la marquise.
—Je ne suis plus du monde, madame, répliqua Flavie en souriant doucement;—madame la vicomtesse a la bonne humeur du bonheur et de la jeunesse... A mon âge, on ne voit plus les choses de la même façon: la conduite de M. le comte de Mersanz envers l'homme que vous appelez son beau père me plaît et m'attire... Ne peut-on passer quelques légers ridicules à ces pauvres vieux soldats qui ont été notre gloire?... A juger le fait d'un esprit plus sérieux, depuis quand y a-t-il déshonneur pour un gentilhomme français à épouser la fille d'un soldat?