Feu son mari lui laissait tous ses biens par testament.

Les héritiers du marquis de Sainte-Croix lui firent un procès qu'elle gagna. Elle prit tout de suite la position d'une jeune femme très-sévère, très-amie du luxe, très-prodigue et très-décidée à ne point se remarier.

La fortune du marquis de Sainte-Croix, toute considérable qu'elle était, ne pouvait suffire à ses dépenses. Elle songea au jeu pour augmenter ses revenus. Du premier coup, elle fut une joueuse frénétique. Le sort ne lui fut pas favorable. Sa fortune croula—mais sans bruit.

Elle garda son apparence et son crédit.

Ce fut vers le moment de sa ruine qu'elle fit la connaissance de M. Rodelet, ancien fournisseur des armées et qui comptait par millions. M. Rodelet avait une fille unique, nommée Ernestine, qui passait pour un des meilleurs partis du commerce.—Garnier était alors un beau garçon, jeune, hardi et ne manquant pas d'expérience auprès des femmes. Pendant que la marquise s'attaquait au père, Garnier aurait pu se charger de la fille; mais Flavie ne l'entendait pas ainsi. Elle était jalouse de ce Garnier, si inférieure à elle sous tous les rapports: ils s'étaient promis de se marier quand leur fortune serait faite.

On choisit un commis du fournisseur; Garnier l'endoctrina. Ernestine était charmante, et le commis voyait au dénoûment de cette intrigue d'amour l'éblouissante perspective de la dot. La marquise, introduite dans l'intimité de la famille, fit naître les occasions; elle jeta elle-même dans le cœur d'Ernestine, naïf et tout neuf, le germe d'une passion qui devait servir ses intérêts.

Cela dura un an.—Le lieu de la scène était le no 81 de la rue de l'Université, où il y avait pour concierge une femme du nom de Marguerite Vital. Nous parlons ici de cette Marguerite Vital, parce qu'elle monta une fois chez M. Rodelet, avant la catastrophe, et qu'elle l'entretint pendant une grosse demi-heure. A la suite de cette entrevue, M. Rodelet était résolu à chasser son commis, à rompre avec la marquise et à fermer sa porte à Garnier.

Voici maintenant ce qui résulta pour le public de toutes les peines et soins que voulurent bien se donner madame la marquise de Sainte-Croix et M. Garnier, son fidèle ami.

D'abord, Ernestine devint enceinte. Le commis coupable s'embarqua un beau matin pour l'Amérique.—La raison de ce départ fut une scène admirablement jouée par Flavie et son éternel complice. On effraya le commis; on lui montra M. Rodelet implacable et les tribunaux toujours prêts à punir un détournement de mineure.

Sans le départ du commis, Flavie et Garnier eussent perdu le meilleur de leur proie, car M. Rodelet, excellent homme et qui n'avait d'autre défaut que l'excès même de sa bonté dégénérant en faiblesse, aurait marié les deux enfants,—et tout eût été dit.