Le sang remonta vivement aux joues du lieutenant, qui eut un franc sourire et tendit la main à Lagard. Celui-ci la serra de bon cœur entre les siennes.

—C'est que, voyez vous, cousin, dit-il,—je me méfie des beaux, et vous êtes fièrement beau, sans vous faire de compliments... n'y en a pas beaucoup dans l'armée qui soient tapés comme vous... Ah! mais non!... La première fois que ma marraine vous montra à moi dans les rangs, je dis: «Excusez, maman, vous avez fameusement réussi ce garçon là!...» Qu'elle me répondit: «Un peu, mon neveu,» car elle n'a pas la réplique dans son pays,—comme moi mes papiers, chaque fois que je suis pour me marier...

Il se mit à rire.

—Cousin, dit le lieutenant,—je ne sais pas où sont vos papiers; mais on ne peut pas vous accuser d'avoir la langue dans votre poche.

—Vous me trouvez bavasse?... c'est rapport au contentement de la rencontre... Prenez-vous l'absinthe?

—Avec plaisir!

Lagard démolit une table d'un coup de poing. Les garçons accoururent tous à la fois, escortés de Barbedor.

—Vous, l'oncle, dit Lagard,—allez un petit peu voir à Montparnasse si j'y suis... vous mangez de la chèvre et du chou, ça ne me va pas... Les autres, amenez de la vieille-vieille qu'est à la cave, sous le cognac, là-bas, juste en face de la porte... à moins que vous n'ayez tout bu, papa?

Barbedor lui faisait des signes et l'appelait en lui montrant de loin le Journal des Débats. Lagard tourna le dos.

—N'y a pas longtemps que je sais les affaires de ma marraine, dit-il tout bas au lieutenant;—et encore, les affaires... je n'en sais qu'un tout petit bout... Elle a tourné plus d'un mois autour du pot avant de me dire: «Ce beau garçon-là est mon petit...» Écoutez donc, lui fallait bien quelqu'un, à c'te femme, pour parler de vous!