Jusqu'à l'heure où quelque coup de tonnerre consacre cette supériorité dont on s'est tant moqué.

La blague admet le succès, quitte à mordiller un peu le talon du triomphateur.

Quand le triomphe est complet, universel, brillant comme le soleil, la blague se couche à ses pieds et jappe comme un petit chien.

Elle prend alors les ridicules du héros sous sa protection; elle le rend populaire par le bout qu'elle déchirait la veille. S'il a des verrues, elle place ces verrues parmi les constellations du ciel,—ou bien encore, elle force la postérité à voir toujours sur les épaules d'un demi-dieu je ne sais quelle redingote grise.

Grattez un peu la blague, vous trouverez dessous Chauvin. Or, Chauvin est un ours muni du pavé bienveillant et fatal qui écraserait la gloire si la gloire n'avait la vie dure.

La mère de Vital connaissait tout cela. Elle avait peut-être vu la blague mettre son pied lourd sur de l'herbe de grand capitaine. Elle avait peur.

Et comme elle était ardente et, en toutes choses, extrême; comme Vital était son espoir et son trésor, elle ne voulait voir que le danger, afin de l'en mieux garder. Dès que Vital était en jeu, elle se défiait de ses chers tourlourous qu'elle aimait tant et qu'elle suivait, au pas, en promenade.

Voulez-vous que nous précisions les faits? Elle voyait Vital, l'épée à la main, sur le pré, parce qu'un camarade en méchante humeur l'avait appelé: le fils à maman Carabosse.—Elle voyait le chef du personnel au ministère de la guerre rester, la plume suspendue au-dessus de l'ordonnance qui nommait Vital capitaine, parce que le fils d'une marchande de plaisirs...

Mettons qu'elle eût grand tort. Elle était comme cela.

Vital avait dit l'exacte vérité: ce n'était pas lui qui fuyait sa mère; au contraire, Vital faisait ce qu'il pouvait pour vaincre les étranges scrupules de la petite bonne femme, c'était en vain. Son humilité ne l'empêchait point d'être obstinée. Quand elle avait dit: «Je veux,» il n'y avait pas à répliquer.