C'est ordinairement le rôle sublime et insensé de la mère. Le père fait contre-poids.
Quand le père et la mère s'unissent dans cette œuvre d'abâtardissement, les races s'éteignent.
Mais Dieu est bon. Pour remonter du fond de l'abîme, il faut s'efforcer. Le fils du vaincu est fort par cela même qu'il est né tout en bas. Son premier pas est un effort. Sa faiblesse devient vigueur à mesure qu'il gravit l'échelle,—et ainsi va le monde.
Le père du comte Achille de Mersanz avait été un lutteur et un vainqueur.
Achille était de la génération qui se repose.
Il avait été gâté, puisqu'il faut prononcer ce mot vulgaire et si terrible dans sa naïve impudeur, —ce mot que toutes les mères folles prononcent en souriant. Il avait été gâté.
C'était une riche et noble nature. Le moindre effort eût mûri cette jeunesse opulente.
Il n'y eut point d'effort. Autour d'Achille enfant, ce fut une famille agenouillée. La mère répétait chacun de ses mots; le père, vieux soldat de Condé, s'enthousiasmait à toutes les sottises qui tombaient à flots abondants de cette petite bouche rose.
Ses muscles se fortifièrent, parce qu'il était né au château, non point à l'hôtel. Il fut l'enfant gâté de la campagne, toujours supérieur par le corps à l'enfant gâté des villes, et plus dangereux par cela même.
Son père et sa mère moururent au moment où les plis pris restent, mais où il est encore possible de refaire l'apparence et l'habitude de l'homme. Achille avait quatorze ans.