—Voudriez-vous donc me quitter, Béatrice? s'écria M. de Mersanz.
—Non, fit-elle avec un sourire céleste,—je vous aime et j'ai mon père... Je mourrai comtesse de Mersanz.
Achille voulut parler. Sa belle main caressante lui ferma la bouche.
—Dans votre grande maison, poursuivit-elle,—une morte tiendra si peu de place!... Ne me chassez jamais, Achille... Dites-moi seulement: «J'ai un autre amour...» Ce ne sera pas long... je vous le promets... et mon père n'aura qu'un deuil à porter...
—Mais pourquoi me parlez-vous ainsi, Béatrice? demanda le comte, dont la voix tremblait.
—Parce que je ne veux pas faire trop lourd le fardeau imposé à la vieillesse de mon père... C'est un soldat... Je ne peux pas lui épargner le chagrin de l'adieu... je veux lui sauver le déshonneur!
Elle souriait toujours et sa beauté rayonnait si touchante, que vous l'eussiez adorée comme une madone.
Les yeux d'Achille battirent, brûlés par les larmes qui voulaient jaillir.
Béatrice reprit:
—J'étais bien enfant! Tout ce que vous disiez, Achille, je le croyais comme si c'eût été la parole même de Dieu...