Je le vois d'ici, ce chevalier, moitié coq, moitié dindon, avec son casque dont le panache est une crête sanguine; je le vois, ce ténor qui a tous les vices de la femme pour mieux séduire la femme, ce fanfaron, ce comédien, ce menteur!
Il est brave; mais qui donc n'est pas brave?
C'est un sauvage qui scalpe les cœurs pour les mettre à sa ceinture. Le premier venu parmi les honnêtes gens va chasser ce taureau qui voit rouge, avec un fouet ou avec un bâton. Il existe, je ne dis pas non, mais c'est la honte éternelle de la femme. Pour que ce paon gagne sa vie à faire la roue, il faut la complicité obstinée des filles d'Ève. La faiblesse de la femme suscite don Juan comme l'occasion fait le larron. Ce sont les femmes qui ont pris au sérieux l'épopée grotesque de ce maraud déguisé en grand seigneur, dont les bonnes fortunes sont des scélératesses et dont la passion est une infirmité.
Non, notre comte Achille n'était pas don Juan.
Nous tâchons de peindre des hommes de chair et d'os. Notre comte Achille est partout autour de nous, à Paris et ailleurs. Si vous ne l'avez pas rencontré, vous le rencontrerez.
Tandis que don Juan ne se rencontre pas tous les jours. Il est souvent au bagne.
Le comte Achille déposa Béatrice sur le canapé. Sa première pensée fut de sonner pour appeler du secours.
Il ne sonna point.
Il s'agenouilla auprès de Béatrice inanimée et se mit à prononcer son nom doucement, comme s'il eût cru que cette caresse suffisait pour la rendre à la vie.
Il tournait le dos à la place vide du portrait.