L’énigme devenait de plus en plus obscure, c’était tout ce qu’y voyait le comte Achille.
Maxence, elle, conservait son calme mélancolique. Après avoir refusé de rentrer dans le bal, elle avait gardé un instant le silence, comme si elle eût voulu se recueillir.
Elle semblait parler pour elle-même et ne s’inquiétait point si Achille l’écoutait.
—Quand je m’éveillai de cette longue fièvre, dit-elle, j’avais six ans. J’étais dans une maison de campagne auprès de Blois. Ma mère venait m’y voir une fois par an.
»Je l’appelle ma mère, parce qu’elle me dit: «Tu es ma fille.»
»Je n’ai jamais aimé que vous et la comtesse Béatrice, votre femme.
»J’aurais aimé l’autre aussi,—la morte.—D’où vient cela?
»Tout à l’heure, pendant que la valse nous entraînait tous deux, sentiez-vous battre mon cœur? Pour être à vous un instant, je donnerais toutes les heures de ma vie. C’est votre fille Césarine—pauvre enfant imprudente, vaine, orgueilleuse et bonne—qui a fait naître en moi l’idée d’être votre femme. C’est elle, du moins, qui a formulé ce rêve, un jour que nous étions seules à causer.
»La causerie est comme ces substances inflammables, qu’il ne faudrait point laisser entre les mains des enfants.
»Césarine est un cœur loyal, mais capable de mal faire, veillez sur elle...