Ce n’est rien faire que d’esquisser des lignes ou des contours, que de marquer des clairs ou des ombres. C’est de la sculpture froide, ornement des pâles galeries ou des tombeaux silencieux. On demande davantage à la plume qui se vante d’être même au-dessus du pinceau.—Mais la plume, comme le ciseau et comme le pinceau, est impuissante à rendre ces mystérieux rayonnements que la main prodigue de Dieu jeta autour de la beauté.
De telle sorte que ces perfections vivantes semblent nager dans une atmosphère qui leur est propre et s’éclairer d’une lumière choisie, qui est le pur reflet de leur beauté même.
Vous vous souvenez bien de celle qui parut à vos yeux comme un céleste éblouissement? vous vous souvenez du poëme que chantait son sourire? Elle était unique en ce monde, n’est-ce pas? Elle avait tout ce dont Dieu est avare. Elle était l’étincelle divine, faite exprès pour allumer le foyer de votre âme. Son regard vous anéantissait ou vous créait une vie nouvelle. Sa voix, sa douce voix, vous faisait vibrer comme une lyre.
Que de jeunesse et que de parfums! Comme la brise jouait heureusement dans cette chevelure!—Que de beauté, soit qu’elle allât, souriante et folle, par les sentiers mouillés, sous les grands arbres, au matin, quand les feuilles gardent dans leur creux des perles de rosée,—soit qu’elle se couchât à demi, fatiguée et pensive, dans le pré ras, tout blanc de pâquerettes...
Que de chère gaieté! que d’enivrantes tristesses! Vous vous en souvenez!
Maxence était celle-là. Maxence était un de ces riches diamants dont toutes les faces scintillent.
On dirait que la main de Dieu les laisse échapper, ces perles sans prix et qu’elles roulent ensuite au hasard d’une incompréhensible destinée.
Elles sont rares, et pourtant il y en a qui se perdent sans avoir profité à aucun,—comme ces trésors et ces parures qui dorment au fond de l’insondable mer...
Le comte Achille contemplait Maxence. Ses yeux s’animaient en la regardant. Son esprit, revenu à sa pente naturelle, cherchait déjà un moyen de vaincre.
—J’ai peu de bons souvenirs derrière moi, poursuivait la jeune fille;—les années de mon enfance furent tristes. Quand j’eus huit ans, on me mit en pension à Blois. J’apprenais mal; mais j’étais très-belle. Mes compagnes étaient jalouses de moi et se vengeaient en me disant que j’étais idiote.