—Vous vîntes seul, la première fois, au parloir, poursuivit-elle;—le nom de famille de Césarine m’avait déjà rappelé la fatale et mystérieuse histoire qui était tout le souvenir de mes premières années... J’avais interrogé Césarine avidement et souvent; je ne sais pourquoi je possédais sur elle un singulier empire: elle m’avait aimée tout de suite... Césarine me raconta volontiers ce qu’elle savait de la mort de sa mère... Elle me dit qu’elle avait une marâtre: une toute jeune femme, belle, douce et bonne.
»Je fus prise tout de suite d’un désir passionné de la voir et de vous voir.
»Bien des fois, je m’étonnai de la violence avec laquelle je détestais votre femme.
»Vous vîntes.—Je compris. Jamais mon cœur n’avait battu. Quand vous vous éloignâtes, il me sembla que je restais toute seule. Je compris pourquoi je haïssais votre femme.
»Césarine me disait, la pauvre chère enfant:
»—Comment trouves-tu mon père? N’est-ce pas que mon père est bien beau? n’est-ce pas que mon père est tout jeune?
»J’attendais désormais avec une impatience pleine de fièvre la venue de la comtesse... Sa vue me mit au désespoir. Je n’avais rien rencontré jamais de si parfait. Je crus comprendre pour la première fois ce que c’était que la beauté, la grâce et le charme d’une femme. Se peut-il qu’on ait aimé Béatrice de Mersanz et qu’on ne l’aime plus?...
Maxence prononça ces dernières paroles, les yeux fixés sur ceux d’Achille.
Achille eut un sourire contraint et murmura:
—Je n’ai jamais aimé qu’une fois dans toute la belle et grande acception de ce mot, mademoiselle.