... Et le vil poignard qui se cache,
A son insu donne la mort...
—Puis-je parler? répéta le comte.
—Pas encore... Ce soir, quand nous sommes arrivées, elle était seule... Son mari la délaissait... sa fille, qu’elle aime tant, s’éloignait d’elle... A un moment où personne ne faisait attention à moi, je me suis approchée...
—Et vous lui avez parlé? fit Achille avec un dépit effrayé.
—Écoutez bien ceci, monsieur le comte, répartit Maxence;—on a voulu tuer mon cœur, mais il vivra autant que moi!... Je ne veux pas être le poison qui mord ni le stylet caché dans la manche de l’assassin... Je ne veux pas! entendez-vous!
Elle se redressait, belle et grande comme une reine. Toute la vaillance d’une âme héroïque était dans sa pose. Ses yeux brûlaient. Une tempête intérieure soulevait son sein.
Achille comprenait-il? Achille admirait.
—Je ne veux pas! répéta-t-elle encore;—vivre est-il donc si bon? se guérit-on de l’infamie?... Elle songeait, votre femme, elle pleurait... Oh! c’est que, moi, je n’aurais pas pleuré! Remerciez-moi! vous m’auriez trompée comme les autres et c’eût été votre dernière lâcheté!... Je me suis mise à genoux devant elle... C’était de l’épouvante et de l’horreur que je lisais dans son regard... Elle savait déjà qu’on m’avait choisie pour lui porter le coup de la mort... J’ai baisé sa pauvre main tremblante, et j’ai dit:
»—Madame, je vous le jure, ce n’est pas vous que tout ceci tuera!
Maxence ne parla plus. Achille était de ceux que la résistance échauffe. Bourreau de deux anges, il eût assurément rampé devant un de ces délicieux démons qui prennent leur rôle de femme au rebours et domptent leur mari comme un écuyer hardi réduit un étalon.