Césarine, rouge d’animation, essoufflée par la polka qu’elle venait de finir, essuya la sueur dont les gouttelettes perlées ruisselaient sous les boucles de ses cheveux blonds. Elle souriait, heureuse et lasse de tout ce plaisir qui l’entourait comme une enivrante atmosphère.

Il y avait un siége entre mademoiselle Mélite et mademoiselle Philomène; Césarine s’y laissa tomber en poussant un soupir joyeux.

—Jamais je ne me suis amusée ainsi! dit-elle.

C’était dans le second salon. Les deux demoiselles Géran étaient entrées en campagne. La marquise les attendait dans l’autre pièce.

—Nous en sommes-nous donné à cœur joie, pauvre belle chérie! reprit Mélite. C’est plaisir de voir briller ces beaux yeux!...

—Et fleurir ce teint qui semble une rose épanouie! appuya Philomène.

Quelques expressions poétiques émaillaient souvent çà et là les sages discours de l’aînée des demoiselles Géran. Mélite aussi avait de la poésie, mais moins, et le peu qu’elle avait tournait à l’épopée.

Césarine éprouvait un certain plaisir à revoir les deux demoiselles Géran. Le captif, une fois sorti de prison, aime à retrouver son geôlier. Le bon air du ciel ne semble que plus libre quand on contemple du dehors le profil du donjon où la chaîne est restée.

Mélite, la terrible Mélite, n’avait plus d’autorité sur Césarine; ses actions étaient à l’abri du contrôle de la suave Philomène.

Elle le croyait du moins;—aussi ses charmants sourcils se froncèrent-ils tout à coup avec mutinerie quand, après des caresses alternées comme les dystiques des bergers de Virgile, Mélite et Philomène lui dirent presque en même temps: