Justine avait été longtemps une très-économe et très-laborieuse ouvrière. Le démon l’avait tentée par le défaut des personnes trop rangées: l’avarice; le démon lui avait montré un petit tas d’or.
Justine, foulant aux pieds résolument son premier amour, s’était élancée vers son rêve, qui était la fortune.
Elle eût réussi peut-être, si elle n’eût point consenti à devenir pour madame de Sainte-Croix une sorte de satellite. Celle-ci, en effet, douée d’une puissance d’absorption sans égale, ne laissait rien à ses associés.
Il n’y avait guère que Garnier de Clérambault pour tirer son épingle du jeu avec une pareille commanditaire; encore...
Justine rendit gorge. Furieuse, elle voulut se venger. Madame de Sainte-Croix la brisa comme un jouet.
Justine, vaincue et la rage dans le cœur, essaya une seconde bataille. Elle usa de ruse. C’était peine perdue avec notre marquise. Justine alla de chute en chute heurter le seuil de Saint-Lazare.
Du fond de ces abîmes, ordinairement, on ne peut nuire. Les voix qui sortent de là sont rarement écoutées; mais Justine avait pour un peu le même genre d’énergie que sa redoutable ennemie. Elle était forte pour le mal.
Ce fut Justine qui porta le premier coup à cette cuirasse sans défaut qui avait protégé si longtemps madame la marquise de Sainte-Croix,—et ce fut Justine qui causa la mort de M. le baron du Tresnoy.
Il y avait beaucoup de choses dans ce second cahier. On voyait que Justine avait espionné consciencieusement, quand elle était libre encore.
D’abord, le système de l’association de madame la marquise avec Garnier de Clérambault y était expliqué tout au long. Le mécanisme de ce piége, perpétuellement tendu au beau milieu de Paris pour prendre les riches dupes, était clairement dévoilé. Justine avait connu à madame de Sainte-Croix jusqu’à six nièces, et presque toutes avaient joué leur rôle un certain nombre de fois.