Le coupé partit au grand trot.

Il y avait une larme dans les yeux de madame la baronne du Tresnoy.

La cloche sonnait pour appeler les pensionnaires de la maison Géran à la récréation du soir. Du jardin, qui était vide encore, on commença d’entendre à l’intérieur un vague et subtil murmure: c’était un composé de mille petits mouvements et de mille bourdonnements plus petits. Le troupeau qui, tout à l’heure, allait se débander en liberté, était encore sous la surveillance des sous-maîtresses. Pour avoir le droit de courir et de chanter, de cabrioler et de crier, il fallait que la sévère porte du vestibule fût dépassée.

—Attendez donc, mademoiselle Victorine!

—Oh! la méchante, qui pince avant d’être dans le jardin!

—Ne me poussez pas, ou je vais le dire!

—Jouerons-nous à la visite, nous trois?... Je retiens Félicité pour le volant!... Finissez donc, mademoiselle.

Partout où une demi-douzaine de pensionnaires sont réunies, c’est ce cri qui domine: «Finissez donc, mademoiselle!»

Mais le perron est franchi. La sous-maîtresse, débordée à droite et à gauche, prend déjà le chemin de ce banc où elle va présider, mélancolique et ennuyée, aux jeux de la troupe turbulente. Son œil morne cherche dans les groupes les condamnées de la classe qui vient de s’achever.

Elle fait le compte de ses retenues, et que d’enfantines malédictions elle soulève, la pauvre fille! Comme on voudrait la trouver fautive pour lui rendre en faisceau toutes les petites misères qu’elle passe sa triste vie à éparpiller.