On la déteste aveuglément, comme on abhorre la hache ou le bourreau; on ne veut pas voir son propre martyre.
Pour elle seule au monde, disons-le bien haut, tous ces bons petits cœurs sont impitoyables.
S’en venge-t-elle? Il se peut, mais le fait est rare. Elle arrive si vite à l’état de pétrification! Remarquons ce symptôme effrayant: il n’y a jamais d’âge précis sur ces figures de victimes. Elles sont jeunes et vieilles à la fois.
Il se rencontre dans nos sociétés bien des sophismes vivants, bien des déclassements, bien des existences sacrifiées;—mais voici devant nos yeux le malheur le plus découragé, l’écrasement privé de toute compensation,—l’ennui poussé jusqu’au tragique, l’ennui assassin et mortel!
Ayez pitié, fillettes folles! Beaux anges souriants à qui l’avenir tresse des guirlandes, ayez compassion!
Songez qu’il s’est trouvé d’heureux enfants comme vous à qui ont manqué les promesses de l’avenir. Si vous alliez tomber jusqu’à cette pauvre et lugubre magistrature! Si vous alliez, radieux séraphins, devenir roides, timides, maigres, jaunes, et infliger des retenues?...
Chères petites, ayez pitié!
Les cris espiègles se répondaient sous les bosquets. La ronde tôt formée foulait la pelouse,—autre victoire. Dans les allées, les grandes entamaient la bourse des cancans du jour. Je ne sais comment cela se fit, la ronde s’arrêta au bout de quelques tours; cache-cache n’eut pas même le temps de s’organiser, les barres à peine mises en train s’arrêtèrent.
Les grandes étaient rassemblées en groupe serré dans l’avenue qui conduisait à ce cavalier fameux, affectionné par Maxence et Césarine.
Il était question justement de Césarine et de Maxence.