—Pendant des mois entiers, reprit madame du Tresnoy, on entoura cette maison de la barrière des Paillassons d’une surveillance active et incessante. Il n’y eut point de résultat.—Dans quelques minutes, vous allez savoir ce qui rompit les chiens et donna le change.
»Un matin,—c’était déjà bien longtemps après l’affaire de la rue du Cherche-Midi, si longtemps, que l’ardeur de M. du Tresnoy commençait à se ralentir,—le secrétaire de M. le fermier général des jeux se présenta à la préfecture. Il venait porter plainte contre les maisons clandestines, faisant aux établissements autorisés une concurrence ruineuse. Il arrivait avec des documents. Il prétendait que ces maisons se multipliaient dans une proportion véritablement effrayante.
»M. du Tresnoy avait coutume de s’en fier le moins possible au zèle de ses subordonnés. Il reçut dans son cabinet, où nous sommes, le secrétaire de la ferme des jeux. L’intérêt personnel est toujours souverainement clairvoyant, et ce serait une police sublime que celle qui serait composée d’égoïsmes embrigadés.
»Les détails fournis par l’employé des jeux frappèrent souverainement mon mari. Je me souviens que, le soir de ce jour, il me dit:
»—J’ai fait une découverte. Tous les vices se tiennent et forment la pente qui conduit au crime... Madame la marquise de Sainte-Croix est une joueuse effrénée.
»—Vous pensez donc encore à cette femme? demandai-je.
»—C’est une chose singulière, fit-il au lieu de me répondre;—je n’ai pas pris garde, dans le moment... Vous souvenez vous du rapport de cet agent qui suivit madame de Sainte-Croix depuis l’église Saint-Sulpice jusqu’à la rue de l’École, hors barrières?
»—Oui, répondis-je,—le rapport où il était question de château de la Savate.
»M. du Tresnoy répéta ce mot:
»—Le château de la Savate...