—Bien, bien!... l’aînée de beaucoup... et, le jour où tu voudras être la maîtresse, tu sais bien que je m’effacerai avec bonheur.

Notez que cette humble Philomène promenait Mélite par le bout du nez, depuis le 1er janvier jusqu’à la Saint-Silvestre.

Elle s’approcha, saisit la main de sa grande sœur et lui dit avec effusion:

—Tu es à ta place! tu ne peux être que la première! garde la suprématie et continue de faire prospérer l’établissement!

Mélite approuva du bonnet et continua:

—Moi, au contraire, je vois les choses de haut: c’est ma force... Eh bien, cette madame de Sainte-Croix est du meilleure et du plus grand monde. Les cartes de visite qui traînent dans sa corbeille sont un éblouissement: Talleyrand, Mortemart, Rohan, Noailles, Damas, Duras, Bauffremont, Chastellux, Mersanz, que sais-je? Tout le faubourg est là... Et je t’avoue que je n’ai pu résister au plaisir de glisser une de nos adresses parmi tant d’illustres cartons.

—Tu as bien fait! décida Philomène.

—Mon Dieu! répondit modestement Mélite,—c’est un enfantillage; mais, quand il s’agit de publicité, je ne connais pas de petits moyens... C’est un charme que cette femme-là! Elle vous met à l’aise, elle vous confesse... Maxence sera comme cela... On dit bien de côté et d’autre qu’elle a eu des si et des mais... Faut-il écouter tous les cancans?

—Notre position, risqua l’aînée,—nous oblige à beaucoup de précautions.

—Notre position, repartit la grande Mélite,—nous défend les voies de la publicité vulgaire. Nous ne pouvons mettre décemment la pension Géran ni sur les murailles, ni à la quatrième page des journaux... Il faut pourtant se pousser, n’est-ce pas vrai!... Si nous pouvions battre la caisse comme le racahout des Arabes et la pommade du lion, le métier serait aussi par trop facile!... Je dis que ce M. Garnier de Clérambault est un homme immensément répandu... je dis que la marquise de Sainte-Croix voit Dieu et le diable... je dis que la maison de M. le comte Achille de Mersanz...