—C’est là le hic! interrompit Philomène.
—Ma parole, fit observer Mélite,—vous avez parfois des expressions d’une trivialité singulière, vous qui êtes si distinguée, quand vous voulez.
—C’est là le hic, ma sœur! répéta l’aînée avec son humble fermeté.—Laissons de côté les expressions: nous ne sommes pas encore au bal... Qui sait si M. Mersanz sera bien aise de notre intervention...
—Bah! fit Mélite;—il n’a pas d’autre fille à mettre en pension! S’il se fâche, tant pis!
—Et que nous a fait cette pauvre comtesse Béatrice?
Mélite grandit aussitôt de trois pouces.
Elle déploya, toute blanche qu’elle était dans son corset, son foulard rouge, vaste comme une serviette de table, et, restant dans la posture d’une personne qui va se moucher:
—Ma sœur, prononça-t-elle avec emphase,—est-ce vous qui parlez ainsi!... Faites-vous si bon marché des principes les plus sacrés de la morale?... Songez-vous qu’il s’agit d’une jeune fille de seize ans, élevée dans notre propre maison, nourrie de ces principes qui placent notre établissement si haut dans l’estime des familles bien posées?... Songez-vous que cette jeune fille, livrée à elle-même, privée de nos conseils, de nos exemples et de nos enseignements, va se trouver en contact avec une femme dont l’état civil est un mensonge!... j’emploie les propres expressions de M. Garnier de Clérambault... une femme qui porte un nom que le mariage ne lui a point donné...—une femme qui trompe effrontément le monde...
Philomène posa sa main sur le bras de sa cadette et dit:
—Vous êtes sévère.