Le dîner fut froid et convenable. Achille n’eut pas besoin de faire effort pour éloigner les sujets d’entretien qu’il redoutait. La présence de Césarine arrêtait toute parole confidentielle sur les lèvres de Béatrice; elle se borna à faire d’une manière douce et charmante les honneurs de sa maison.
Après le dessert, elle s’éloigna contente, parce que M. de Mersanz, en l’engageant à faire toilette, et pressé par un remords peut être, lui dit tout bas:
—Nous causerons demain.
Béatrice vint baiser Césarine, qui se laissa faire. C’était une bonne journée.
Les heures qui précèdent l’ouverture d’une fête, dans les ménages bourgeois, sont terriblement laborieuses. C’est un moment de presse, un branle-bas général, un coup de feu, pour employer l’expression consacrée. Les domestiques, surmenés, nourrissent des idées de révolte; les enfants, profitant du désordre pour faire le diable, mettent tout sens dessus dessous; les maîtres se donnent un mal lamentable et payent d’avance fort cher le vaniteux plaisir de recevoir des gens qui vont railler leur mobilier, critiquer leur appartement, mordre leur caractère et hausser les épaules en humant leurs pauvres sorbets.
L’âne de la Fontaine disait: «Notre ennemi, c’est notre maître.»
L’invité arrange cela et pense: «Notre ennemi c’est notre hôte.»
Règle générale:
Si vous avez moins de cinquante mille francs de revenu, toute la peine que vous prenez en ces solennelles circonstances tourne à votre confusion.
Non-seulement la foule ne vous tient aucun compte de votre effort désespéré; mais, tout en vous déchirant, elle vous jalouse, et il y a une irréconciliable envie jusqu’au milieu de ses mépris.