Nous voulions traduire un peu à la barre de la comédie ces Mercures du bon motif, cimentant à tort et à travers—moyennant une commission—les alliances les plus biscornues.

Il nous paraissait bon de chasser du temple ces effrontés marchands qui éclaboussent du bas de leur charlatanisme la plus haute et la plus sainte des institutions sociales, abstraction faite même de sa base divine; il nous paraissait juste de démasquer ces pitres qui marient au son de la grosse caisse, comme les dentistes de la rue détraquent les mâchoires en plein vent. Le bruit qui se fait autour de ce trafic est assurément une des obscénités les plus excentriques de notre époque. Cette musique de négociateurs déguisés en Turcs et de diplomates à queue rouge, nous avait fait tourner les yeux vers leur foire...

Mais, si frivole que soit un roman, il faut néanmoins quelque chose pour le faire.

Une fois dans la foire, nous avons vu avec étonnement qu’il n’y avait rien.

Rien que du bruit.

La foire matrimoniale s’agite entre des fantômes. Ce sont des maris illusoires qui courent après des femmes chimères.

Il n’y a rien, absolument rien. Les montres de ces magasins sont vides ou ne contiennent que des mannequins et des poupées.—Si donc quelqu’un de ces avaleurs de sabres se prétendait attaqué dans ces pages, nous déclarons d’avance devant Dieu et devant les hommes qu’il aurait grand tort. On ne se bat pas contre le néant.

Paillasse étant ainsi mis hors de cause, restent ces marieurs plus discrets qui ne font pas de publicité, qui se gardent bien de mettre la moindre enseigne sur leur porte, et qui servent tout doucement de trait d’union dans les hymens réputés difficiles.

C’est encore une industrie, mais sans patente. Cette industrie, qui ne fait pas payer d’avance et qui dédaigne toute allure commerciale, obtient, à la différence de l’autre, de très-nombreux résultats. Elle tient sa place dans le monde, qui la connaît, qui la raille et qui en use.

Il y a des gens parfaitement honnêtes parmi ces caducées. En général, ils gagnent surabondamment l’argent qu’on leur donne.