Nous parlions de marieurs. Il y en a, et de sublimes! Ceux-là font des affaires par milliers et n’en deviennent pas plus riches; ceux-là, soldats infatigables, montent à l’assaut du vice, et, vainqueurs, le transforment en vertu; ceux-là sont les ouvriers du bon Dieu; leur travail est sacré, leur bataille est féconde. Ils passent! les sceptiques et les sots rient à gorge déployée; mais ils ont laissé derrière eux la moralité conquise, la paix de la conscience et le bonheur.
Ces hommes et ces femmes qui végétaient, accouplés par le hasard, et dont les enfants n’avaient ni père ni mère, sont maintenant des époux; ils ont une famille, un motif de s’efforcer de bien faire, un but, un avenir.
Oh! riez; car, loin d’avoir un bénéfice, les croisés du sacrement de mariage ont payé,—payé, je dis bien,—l’homme et sa concubine, afin qu’ils se laissassent unir.
Comme on est forcé de payer les barbares parents qui refusent la vaccine à leurs enfants.—Riez!
Il y a de quoi. Ces jeunes gens, ces apôtres ne se formaliseront point de vos gaietés. Ils sont sortis ce matin de leur vie d’élégance pour pénétrer au plus profond de la dégradation parisienne. Ils se sont baignés, une main au cœur, l’autre aux narines, dans l’océan des fanges matérielles et morales qui vous noieront quelque jour; ils ont, ces sauveteurs, amené au rivage de la civilisation un peuple de sauvages,—et payé la prime.
Vous pouvez rire.
Vous pouvez rire. Pas trop haut, cependant. Il y a des muscles sous leurs gants blancs.
On en a vu rosser des philosophes.
Ce fut un tort. Ils auraient mieux fait de se marier.
Qu’ils soient bénis encore une fois ceux qui comprennent ainsi notre terrible phrase et qui régularisent la position du pauvre, en faisant d’une couvée humaine une famille!