»—Pressons les choses, n’est-ce pas? m’a-t-elle dit en m’embrassant.—Au revoir, bonne petite... vous avez rajeuni de dix ans et embelli... Je vous attends toute la semaine.
»Elle a disparu. J’ai ouvert le paquet, qui contenait, comme je m’y attendais, toutes les notes rassemblées par feu le baron du Tresnoy sur madame la marquise de Sainte-Croix.
»Donnant, donnant. Cette baronne paye ses dettes comptant.
»Le soir même, les notes étaient au parquet du procureur du roi.
»Il y a six jours de cela. J’ai déjà reçu trois billets doux de la baronne.»
«Du 27 mai au matin.
»La foudre a éclaté, ma chère sœur. Césarine a quitté la maison de son père. Elle est chez le maréchal. Il y a deux jours que le comte Achille n’est rentré chez lui. Personne n’a de ses nouvelles. Le maréchal est fou d’inquiétude. Les erreurs d’un fils ne vous guérissent pas de l’aimer, et Achille était véritablement un fils pour le maréchal. Henri et tous nos amis se sont mis en campagne. Est-il arrivé malheur?
»Hier encore, je causais avec toi et je riais. En quelques heures, est-il possible de tant vieillir? La foudre a éclaté; les minutes me semblent des siècles. J’attends. Rien ne vient. Que se passe-t-il? Le tigre est acculé. Y a-t-il déjà des victimes?
»Hier au soir, 26 mai, un mandat d’arrêt a été décerné au parquet de Paris contre madame la marquise de Sainte-Croix et contre Garnier de Clérambault, son complice. Leurs demeures respectives ont été cernées cette nuit. Les deux maisons étaient vides. On n’a pu capturer ni madame la marquise de Sainte-Croix, ni son complice, Garnier de Clérambault.
»Maître Souëf, cité au parquet, a déclaré avoir opéré pour le compte de M. de Mersanz, dans l’espace de trois semaines, diverses ventes d’immeubles,—à l’amiable,—et versé entre ses mains des sommes dont le total s’élève à deux millions cinq cent mille francs.