»A-t-il quitté la France avec ces valeurs, comme il en avait exprimé plusieurs fois l’intention? La Sainte-Croix l’a-t-elle enlevé?—ou devons-nous craindre quelque chose de pire?

»Clérambault et Flavie sont-ils cachés dans ce repaire dont parle Fromenteau, chez cet homme dont la manie est de percer le mur d’octroi? Ont-ils attiré dans ce coupe-gorge le malheureux Achille?

»Rien de tout cela n’est impossible.—Et pourtant l’appât principal leur manque. Maxence n’est pas avec eux.

»Je veux te parler de Maxence. Maxence aussi, toute malade qu’elle était, avait disparu de l’hôtel de Sainte-Croix. Quand on est venu me dire cela, mon cœur s’est serré: j’ai senti de la sueur froide à mes tempes.

»Si tu la connaissais comme moi, Aglaé, cette créature si merveilleusement belle, écrasée sous une malédiction si profonde, tu l’aimerais comme moi. Depuis bien des jours, elle est le sujet de mes entretiens avec Marguerite Vital, avec la pauvre Béatrice, avec Césarine elle-même. Je crois que je donnerais une part de mon sang pour la sauver.

»C’est horrible, cette fatalité qu’on nie et qui s’affirme elle-même de temps en temps, en brûlant nos regards épouvantés.

»A peine lui ai-je parlé deux fois en ma vie, et je l’aime comme si elle était ma sœur ou ma fille. Je l’aime bien mieux que Césarine, pauvre enfant qui pourtant se réhabilite dans le repentir. Je l’aime presque autant que ma sainte et noble Béatrice.

»Pour elle, pour Maxence, j’ai quitté ce matin notre forteresse, où j’attends de minute en minute Fromenteau, toujours en chasse avec ses hommes, et je me suis rendue chez Marguerite Vital.

»J’avais comme un pressentiment de trouver là des nouvelles de Maxence.

»Lorsque je suis arrivée, on ne savait rien. Toute la famille était rassemblée et le maréchal tenait Béatrice dans une embrasure.