»Je suis un peu, vis-à-vis d’elle, dans la position des anciens courtisans auprès du roi.

»A mesure que le moment approche, son activité redouble; il lui vient en même temps je ne sais quelle grave tristesse qu’on peut définir: le sentiment même de sa responsabilité! Cela n’empêche pas ses gaies reparties de se faire jour; mais on sent qu’il y a là-dessous la grande mélancolie des veilles de bataille.

»Elle est admirable avec sa fille. Quand elle embrasse son fils, il semble qu’on lui voit le cœur. Je ne t’ai pas reparlé de ce pauvre beau Vital depuis la scène de la fête. Après la conduite de Césarine, il croyait son amour guéri par l’indignation. Quand donc l’indignation a-t-elle guéri de l’amour? Vital aime Césarine comme un malade souffre de sa fièvre, et Césarine est folle de lui. Marguerite sollicite pour son fils, à l’aide du maréchal, un grade dans les zouaves. Elle dit, les larmes aux yeux, qu’il lui faut l’Algérie.

»Le maréchal sourit. Le vent est aux mésalliances.

»Je crois que le maréchal a pris Césarine chez lui parce qu’on avait tenté, à l’hôtel de Mersanz, une misérable imitation de la fameuse affaire Rodelet. La marquise et ses complices ont été pris de court; sans cela, d’assaillants que nous sommes, nous aurions été assiégés. Cela est évident pour moi.

»Ce malheureux jeune homme, M. Léon Rodelet, avait été choisi, comme j’ai dû te le dire, pour enlever Césarine. Il y a eu commencement d’exécution. Mademoiselle Jenny, ancienne femme de chambre de Béatrice, est sous la main de la justice. Léon Rodelet est en fuite avec Garnier de Clérambault et la marquise.

»On ne sait pas ce qu’est devenu Fromenteau. On ne l’a vu ni hier au soir ni ce matin. Mon inquiétude est d’autant plus cruelle, que c’est moi qui l’ai lancé sur cette piste si dangereuse.

»Mais que je te dise, pendant que j’ai encore une minute, la scène véritablement navrante à laquelle j’ai assisté.

»Il s’agit de Maxence.

»Mes pressentiments ne m’avaient pas tout à fait trompée. Je devais avoir des nouvelles de Maxence avant de quitter la maison de Marguerite Vital.