»Au moment où j’embrassais Béatrice pour me retirer, la porte s’est ouverte brusquement et Maxence est entrée. L’étonnement a été général. Personne, pas même Marguerite, ne s’attendait à cela.
»Du reste, moi seule ai reconnu mademoiselle de Sainte-Croix du premier coup d’œil. Je pensais à elle. J’ai prononcé son nom comme malgré moi. Elle est changée à ce point, qu’elle ne se ressemble plus à elle-même. On dirait le spectre délicieux et charmant encore de cette charmante et délicieuse créature qui passait dans la vie comme un éblouissant rayon. Sa beauté serre le cœur; son sourire désolé emplit les yeux de larmes.
»Je me suis avancée vers elle. Sa main froide a touché la mienne; mais, me repoussant aussitôt, elle est allée droit à Marguerite.
»Dans la chambre, un silence profond régnait.
»Marguerite avait l’air troublé. En quelque circonstance que ce soit, je ne l’ai jamais vue que vaillante. Je ne sais point de péril qui soit capable de l’effrayer.—Et pourtant, en face de cette pauvre belle enfant sur qui pèse si lourdement la main de Dieu, Marguerite tremblait.
»Maxence, arrivée auprès d’elle, s’appuya au dossier d’une chaise pour ne point tomber.
»—Je vous ai écrit, lui dit-elle d’une voix très-basse, mais qui arrivait distincte à l’oreille;—pourquoi ne m’avez-vous point répondu?
»—Parce que je n’avais rien à vous répondre, repartit Marguerite avec un accent de dureté qui me fit mal.
»Maxence reprit en fixant sur elle ses grands yeux, qui semblaient avoir le don de pénétrer jusqu’au fond de l’âme:
»—Marguerite, vous m’avez connue tout enfant... Il y a des moments où je vous vois autour de mon berceau...