»Maxence se retourna et lui saisit les deux mains qu’elle toucha de ses lèvres.

»—Intercédez pour moi! supplia-t-elle,—intercédez pour moi!

»Pendant le silence morne qui suivit cette suprême prière, le vieux Roger s’agita dans son lit. Nous entendîmes tout à coup son rire creux. Il se mit à dire:

»—Hé! Palaproie! sergent Niquet, ohé!... le trouvez-vous piqué des vers, le vin de mon gendre?

»Il faisait effort pour s’élancer hors du lit. Béatrice alla draper les couvertures.

»Maxence se laissa choir sur ses deux genoux.

»—Malade, brisée, désespérée, poursuivit-elle, j’ai résisté à cette femme, qui me disait d’être heureuse... qui me lisait de brûlantes lettres d’amour... qui me montrait la fortune et le bonheur... J’aime le luxe, moi, j’aime toutes les splendeurs... et j’ai résisté! Ne voyez-vous pas que je suis forte?... Ses lettres me le montraient agenouillé à mes pieds... je croyais entendre sa voix si douce qui tremblait... Est-ce un crime, cet amour qui a germé dans mon cœur d’enfant?... Les rêves de ma fièvre me le présentaient toujours beau comme un dieu... Et n’est-il pas le plus beau des hommes?... J’ai résisté pendant de longs jours et pendant de longues nuits... J’ai résisté à mes désirs, à ses prières, à mes songes d’ambitieuse, aux supplications de cette femme, qui me disait: «Je suis ta mère...» J’ai résisté à ma fièvre et à leurs obsessions... Je suis forte!

»Elle porta ses deux mains à sa poitrine, où sa respiration oppressée sifflait.

»—Mais, si elle est ma mère! s’écria-t-elle tout à coup avec éclat,—on se doit à sa mère! Pour l’enfant, il n’y a pas de mère coupable.

»Elle courba la tête si bas, que ses beaux cheveux inondèrent son visage comme un flot.