»—Sais-je, moi, reprit-elle, si les hommes ne l’ont pas attaquée? Sais-je si elle ne défend pas une juste querelle? Sais-je encore si ceux qui l’accusent ne sont pas des calomniateurs?... Qu’ai-je vu? Qu’elle voulait marier sa fille à un homme riche et puissant. Mais que font les autres mères? N’est-ce pas là leur ambition commune?... Il y avait des obstacles; elle a fait ce qu’il fallait pour briser les obstacles: c’est le propre de toute ambition, et c’est l’éternelle bataille de la vie...
»Pendant qu’elle parlait, je ne sais quel poids opprimait mon entendement.
»Je sentais l’effort désespéré qu’elle faisait pour sophistiquer sa pensée.
»Je ne crois pas qu’un être humain puisse souffrir plus que je n’ai vu souffrir cette enfant.
»Marguerite, inflexible, gardait toujours le même silence.
»—Elle m’a tout dit, continua Maxence, dont l’accent prit une nuance de menace;—pendant trois semaines, elle est restée à mon chevet. Je sais que sa vie, sa fortune, son honneur dépendent de moi... Elle s’est agenouillée devant moi... Elle a humilié à mes pieds sa toute-puissance de mère... Et c’est pour cela que je ne me crois pas sa fille... C’est parce que mon cœur n’a pas battu plus vite à ses sanglots, c’est parce que rien en moi n’a vibré... rien!
»Sa voix s’enflait; son regard devenait farouche.
»—Que vous a-t-elle donc fait, s’écria-t-elle, pour que vous la persécutiez ainsi?... Elle me l’a dit elle-même: on l’accule comme une bête féroce... C’est pour se défendre qu’elle a besoin d’or... On l’a ruinée... on essaye de la déshonorer... on veut la traîner jusqu’aux bancs infâmes de la cour d’assises... Vous voyez bien que je sais tout... Avec l’alliance du comte de Mersanz, elle sera sauvée; car elle dressera son immense fortune entre elle et vous comme un rempart... Que vous a-t-elle donc fait?... et que m’a-t-elle fait à moi-même, pour que son cri de détresse n’ait point descendu jusqu’à mon âme?... Pourquoi cette répulsion qui est presque de l’horreur?... Pourquoi?... pourquoi?... C’est qu’elle n’est pas ma mère!
»Marguerite fit un mouvement. Je vis qu’elle allait enfin répondre.
»Mes yeux dévoraient d’avance les paroles suspendues encore à ses lèvres.