Il se tut, et ses yeux cherchèrent parmi les assistants, dont le nombre augmentait sans cesse, quelle main avait pu pousser mademoiselle de Mersanz.
Nous savons que mademoiselle Mélite et mademoiselle Philomène n’étaient plus en vue.
Mais ce qui était à peindre et ce que nous désespérons de rendre par des paroles, c’est l’impression du visage de Béatrice. Elle était sortie de ce cabinet toute gaie et toute heureuse. Le calme de sa conscience angélique éclatait sur ses traits, en même temps que la joie de ces chères illusions qu’elle nourrissait depuis le matin. S’il faut le dire, ses amis la gênaient, loin de lui être secourables. Dans sa pensée, il ne lui fallait rien devoir qu’à M. de Mersanz, son bienfaiteur et son sauveur.
Cette sourde conspiration dont Vital lui avait parlé n’était pour elle que le rêve de cette bonne Marguerite, toujours entourée d’inquiétudes et de visions.
Le danger lui semblait être tout entier dans cette autre conspiration, organisée par ceux qui l’aimaient: Vital, Marguerite et madame la vicomtesse de Grévy.
D’où venait le zèle de madame de Grévy? Béatrice ne la connaissait point.
Achille avait été si bon, ce matin, si affectueux! Césarine pouvait être ramenée;—et cette jeune fille si belle, Maxence, dont on lui avait fait un épouvantail, Maxence lui avait baisé la main avec des larmes dans les yeux!...
Tout était riant et rose. Il n’y avait dans l’avenir que des promesses et des espoirs.
Béatrice tomba de son haut aux premières paroles de Césarine. Elle fut blessée au plus profond de son cœur. Nous savons comme elle aimait la fille d’Achille. Il y eut en elle une grande, une immense douleur, sans aucun désir de représailles ou de vengeance. Ses beaux yeux humides, qui se fixèrent sur ceux de la jeune fille, disaient toute sa souffrance, et aussi une sorte de compassion; car elle plaignait au fond de l’âme celle qui la frappait si cruellement.
Il est à peine besoin de dire que cet état de silencieuse immobilité dura à peine le quart d’une minute. Les minutes, en ces occasions, semblent longues comme de longues heures.