Le comte Achille ne bougea pas, quoique Césarine eût dit:
—Mon père, si cette femme n’était pas coupable, je sens que je mourrais!
Sur le seuil du second salon, Béatrice se retourna. Son regard tomba d’abord sur le vieux Roger, qui se laissait mener comme un enfant et qui vraisemblablement n’avait plus la conscience de sa détresse; puis elle releva les yeux jusqu’au groupe formé par Achille et Césarine.
—Ma fille, prononça-t-elle doucement, je vous pardonne.
Puis on passa le seuil. Il n’y avait plus de comtesse de Mersanz.
Le salon sembla vide. Il y régnait une sorte de stupeur. Personne n’avait cru le dénoûment si proche. Personne n’avait soupçonné qu’il pût être ainsi fait. L’événement semblait impossible, surtout dans le milieu où l’on était. Ces catastrophes arrivent de nos jours encore, mais autrement. On lave, pour employer l’expression vulgaire, son linge en famille; on ne choisit pas l’instant où la maison emplie déborde, pour mettre à nu ses plaies.
Toute cette scène avait une couleur invraisemblable. La fille s’était faite odieuse à plaisir, et la lâcheté du père avait dépassé les bornes.—On avait vu, mais on doutait encore.
Chacun avait un poids sur le cœur, chacun se sentait mal à l’aise et désirait en secret que la baguette d’une bonne fée l’éveillât, loin de ce lieu maudit.
Tout à coup, le comte Achille se leva et regarda d’un air effaré la consternation de ses hôtes.
—Retirez-vous, dit-il durement à Césarine.