Elle dut les voir, elle les vit: sa mère, douce martyre;—Béatrice, sur qui pesait l’accusation de meurtre.

Elle vit deux angéliques visages. Le premier avait les sourires du ciel. Le second s’inondait de larmes.

Il n’y avait point de colère vengeresse dans les yeux limpides de la sainte.—Dans les yeux de celle qui vivait, il n’y avait point de remords.

Césarine releva la tête et dit:

—Je ne soupçonne pas ma belle-mère.

Elle appuya sur ce dernier mot. Son accent était, du reste, si péremptoire, qu’il fallait se taire ou engager la lutte sur un autre terrain.

Mélite regarda sa sœur d’un air courroucé. Ce regard pouvait se traduire ainsi: «Tu as voulu faire des tiennes et tu as tout perdu!»

Philomène sembla grandir dans ce revers. Elle redressa de son mieux sa taille un peu difforme et prit un air de résignation digne:

—J’ai de la joie, dit-elle,—à voir sous toutes ses faces votre âme si naïve et si belle, ma chère enfant... Ne soupçonnez donc point... En y réfléchissant, peut-être vous ai-je causé un chagrin inutile... Mon excuse, c’est le dévouement sans bornes que je portais à celle qui n’est plus... Vous n’aviez pas l’âge de juger: moi, j’étais déjà une vieille femme... Conservez votre douce insouciance: je garde, moi, mes impressions et mes doutes...

—Mais, alors, expliquez-vous! s’écria Césarine.