—Non, répondit Philomène.—Cela nous éloigne de notre sujet... Ce n’est pas pour rien, ma chère fille, que nous vous retenons prisonnière entre nous deux, au moment où vous pourriez jouir des plaisirs de votre âge. Nous avons un but, puisque vous avez un devoir. Nous ne lâchons pas prise. Vous êtes libre depuis quelques heures: vous avons-nous parlé de tout cela quand vous n’étiez pas libre?... Cherchez bien! avant de continuer, je vous en conjure, cherchez bien s’il est possible que nous ayons un autre intérêt que celui de votre avenir...
—Chère demoiselle, l’interrompit Césarine,—je n’ai point prétendu...
Elle n’acheva pas. Ses yeux se fixèrent sur la porte du salon d’entrée et prirent incontinent un éclat nouveau. Involontairement, ses mains touchèrent sa coiffure pour s’assurer que perles et fleurs étaient bien à leur place parmi la soyeuse richesse de ses blonds cheveux si doux. En même temps, elle disposa les plis de sa robe et cacha son sourire ému derrière l’ivoire à jour de son éventail.
Le lieutenant Vital venait de paraître à la porte du salon.
Césarine pouvait se dire qu’il était exact; car l’orchestre n’avait pas encore annoncé la huitième contredanse.
Pourquoi ne s’étonna-t-elle point de cette grande joie si disproportionnée à son motif: la venue du lieutenant Vital?
Était-elle faite déjà à l’idée d’aimer?
Ou plutôt l’idée d’aimer n’avait-elle pas encore pris naissance en elle?
Vital semblait inquiet. Il cherchait. Qui pouvait-il chercher, sinon Césarine, à qui était promise la huitième contredanse?
Il traversa la pièce d’un pas rapide, jetant ses regards à droite et à gauche; puis il disparut par la porte opposée, qui donnait dans un cabinet de repos.