»Pauvre Aglaé, je n’en sais pas plus long que toi. Ne me maudis pas pour avoir retardé si longtemps cet aveu. Je me venge de ma propre ignorance. En vérité, j’aurais donné quelque chose pour connaître l’histoire de l’agrafe.

»Marguerite est une douce et modeste créature. Elle garde sa distance, et ses paroles sont toujours pleines de respect. Mais, je te le dis, elle impose à sa manière. Quand il lui plaît de se taire, on regarde à deux fois avant de l’interroger.

»Du reste, l’agrafe jouera son rôle tout à l’heure. Tu as le tour d’esprit plus ingénieux que moi. Peut-être mettras-tu la main du premier coup sur le mot de l’énigme.

»Ce fut précisément l’agrafe de diamants que Marguerite Vital prit au fond de son coffre. L’agrafe était enveloppée dans un mouchoir de batiste, jaune comme une relique, merveilleusement brodé et marqué de taches brunes qui ressemblaient à des gouttes de sang.

»Quand Marguerite se releva, sa petite figure pâle, un peu maigre et sculptée délicatement comme un ivoire de maître, avait une expression émue.

»Elle resta un instant silencieuse, contemplant les brillants qui miroitaient dans sa main. Sa main avait un tremblement léger qu’elle essayait en vain de réprimer.

»Elle approcha le bijou de ses lèvres.

»—S’il a bon cœur et bonne mémoire, murmura-t-elle,—comme sa glorieuse renommée le dit, cela peut sauver ma fille Béatrice.

»Vois-tu percer le mystère?—Moi, j’étais tout oreilles. Il me semblait que mon secret pendait à sa lèvre entr’ouverte.

»—Nous n’avons qu’un ennemi loyal, dit-elle en faisant un pas vers moi:—c’est l’oncle de M. le comte de Mersanz, le maréchal duc de ***. Celui-là est contre nous par un sentiment que je ne blâme point. Le comte Achille doit hériter de sa pairie. Il faut que certaines familles se gardent toujours au niveau de leur fortune ou de leur gloire. C’est la loi de conservation, je la comprends;—mais ma fille Béatrice mourrait si la volonté du maréchal était faite. Je me défends contre lui. Je suis dans mon droit de mère, comme il est dans son droit de grand seigneur. J’aime mieux mon droit que le sien.