»Ici, je ne pus m’empêcher d’interrompre Marguerite.

»—Comment! m’écriai-je,—vous croyez que les choses iront jusque-là!

»—Il est nécessaire qu’elles aillent jusque-là, me répondit-elle.

»Et, comme mon regard l’interrogeait, elle ajouta:

»—Si Béatrice était la plus forte dans cette première bataille, le comte Achille ne reviendrait pas à elle pour cela. Le seul résultat serait que Béatrice resterait dans la maison du comte Achille. Or, qui veillerait sur elle?... Toutes les armes sont bonnes pour cette femme, qui joue ici un va-tout de plusieurs millions. Une fois la partie engagée, je veux que ma fille soit à moi, sous mes yeux, sous ma garde. Si la marquise veut arriver jusqu’à ma fille, la marquise me passera sur le corps... et, toute petite que je suis, ma bonne dame, je vous préviens que ce n’est pas facile.

»Elle souriait, ma foi, d’un air crâne et vaillant. Je crois qu’elle avait piqué son poing sur sa hanche.—Non! ce ne doit pas être facile de passer outre quand cette petite bonne femme est résolue à barrer le chemin!

»C’est une étrange créature.

»—Pour parler stratégie, reprit-elle, ce que je veux empêcher, c’est la jonction des deux armées ennemies après notre retraite. J’ai compté sur vous pour cela, ma bonne chère dame. Vous êtes de ce monde-là, et vous aborderez tout naturellement le maréchal.

»—Je ferai tout ce que vous voudrez, Marguerite, répliquai-je;—c’est pour cela que je suis ici... Mais j’aurais voulu agir plus efficacement...

»—Soyez tranquille, m’interrompit-elle;—ça ne fait que commencer... au second engagement, nous vous donnerons un poste d’honneur... Pour ce soir, il s’agit seulement de vous placer entre le maréchal et madame de Sainte-Croix, au moment où Béatrice sortira du salon.