»—Ici?

»—Non... chez vous... Ne voulez-vous point que je vous rende votre visite?

»L’heure avançait. J’avais mes instructions, et il me fallait le temps de faire ma toilette. Je pris congé de la petite bonne femme, qui me demanda la permission de m’embrasser. Ce fut, en vérité, de bon cœur que je lui rendis son gros baiser. Elle est charmante depuis les pieds jusqu’à la tête. Je ne peux pas te dire comme son étroite mansarde a une bonne odeur de propreté.

»Elle me reconduisit jusqu’au bas de l’escalier. La retraite battait, rue de Babylone. Elle remonta ses cinq étages en chantant gaillardement l’air de la retraite.

»Tu sais, ma bonne Aglaé, les principaux événements de cette fête à l’hôtel de Mersanz. Je t’ai dit le rôle singulier qu’y a joué la jeune Césarine, une enfant de seize ans, qu’on voudrait aimer. Je t’ai dit les quelques paroles échangées entre moi et Maxence, l’effet que firent sur elles ces quatre vers récités par moi comme une leçon, et mon étonnement lorsqu’elle me demanda d’une voix tremblante si je savais l’histoire de sa naissance.

»Il y a là encore un mystère que je n’ai pu percer. Du reste, tout est mystère dans cette splendide nature qui semble déjà fléchir sous le poids d’une terrible fatalité. Elle est plus que bonne, elle est noble, quoique j’aie vu son œil ardemment voilé se fixer sur le comte Achille avec une expression qui m’a remplie d’effroi.

»Je te l’ai dit: le comte est de ces hommes qui tournent la tête aux femmes.

»Je voudrais une jeune sœur comme cette Maxence, ou une fille, quand j’aurai quelques années de plus. Ce serait un enchantement que de guider un pareil cœur après l’avoir sondé...

»Je passe tout de suite à l’affaire de l’agrafe, puisque ma dernière lettre finissait au moment où cette petite Césarine, qui semblait agir sous le coup de je ne sais quelle funeste fascination, portait le dernier coup à notre pauvre Béatrice en disant au vieux Roger: «Votre fille n’est pas la femme de mon père.»

»Jusqu’alors, je n’avais pas aperçu le maréchal, bien que je l’eusse cherché avec soin, depuis le commencement de la soirée. Il est évident pour moi que Marguerite ne se trompait pas. Le maréchal a dû venir à point nommé. Son entrée était calculée. Il y avait, du reste, dans cette réunion beaucoup de gens qui jouaient un rôle à leur insu.