»Comme la petite bonne femme l’avait annoncé encore, madame la marquise a voulu accaparer le maréchal. Elle m’a même pris ma phrase, le priant fort galamment, de la conduire à sa voiture. Cela m’a déconcertée. Je n’ai peut-être pas fait mon entrée, comme ils disent au théâtre, avec tout l’aplomb désirable.

»Mais je suis bien forcée d’avouer, ma bonne petite sœur, que ma personnalité n’était rien ici. Peu importait réellement que je tinsse bien ou mal mon pauvre emploi de comparse.

»L’agrafe était tout.

»Oh! le magique talisman!

»La marquise, triomphante, arrondissait déjà son bras, lorsque les yeux du maréchal sont tombés sur la fameuse agrafe. Sous les touffes de ses gros sourcils, j’ai vu ses paupières s’écarquiller. Honni soit qui mal y pense! Mais, derrière ce précieux bijou, j’entrevois bien des chapitres de roman. Encore une fois, cette Marguerite a dû être une ravissante jeune fille en son temps. Entends-tu: ravissante!

»Il m’a suivie, docile comme un agneau, le vieux brave, après s’être sommairement excusé vis-à-vis de la marquise, furieuse. Nous l’avons laissée en tête-à-tête avec ce malheureux de Mersanz, qui ressemblait à un mannequin battu. Le maréchal est monté dans ma voiture sans qu’il ait été besoin de l’y engager.

»—A l’hôtel! ai-je dit, car le second étage de mon commissaire n’était pas encore inventé.

»C’est à peine si le maréchal a pris le temps de fermer la portière.

»—Madame, s’est-il écrié, vit-elle encore? Est-elle heureuse?

»Tu juges de mon embarras. Parlait-il de la petite bonne femme? Était-il question d’une autre personne dont Marguerite aurait été la mandataire? Je ne savais rien, et pouvais-je me résoudre à l’avouer après l’usage péremptoire que je venais de faire des diamants?