»Césarine est venue, malgré une lettre de moi qui le lui défendait. Elle est venue de grand matin et s’est presque jetée à mes pieds. C’est une enfant extrême en tout, qui voudrait maintenant payer de sa vie le mal qu’elle a fait. Elle pourra bien faire encore d’autre mal par imprudence ou par excès de zèle; mais il est impossible de ne pas lui pardonner et de ne pas l’aimer. Ceci a été pour elle une terrible leçon. Dès qu’elle va devenir femme, ce sera un être charmant; mais, puisque nous parlions de sinécure, ce n’en sera pas une non plus que l’état de son mari. Je ne connais qu’un homme absolument propre à la dompter: c’est ce pieux Énée de Vital, ce modèle de douceur vaillante que je n’aurais certes pas choisi pour moi, mais dont la fermeté vertueuse et la mâle patience useraient bien vite l’exubérance de fougue qui met en fièvre cette indomptée.
»Tu vas me demander si je suis folle. Encore passe de travailler à la réunion du comte et de Béatrice, puisqu’il y a fait accompli;—mais marier ce lieutenant de la ligne à mademoiselle de Mersanz!...
»Mon Dieu! ma bonne, en principe, je déteste profondément ces épousailles de princesses et de bergers. J’ai plus d’une fois cessé de couper les feuilles d’un roman nouveau parce qu’il était question d’amener à bien l’union de la fille d’un pair de France avec un jeune sculpteur pauvre et rempli de talent. Ce n’est pas audacieux comme ils le pensent: c’est nigaud, tout uniment.
»Mais, ici, la position de Béatrice change bien l’énoncé du problème. D’ailleurs, à part leur fortune, ces de Mersanz ne sont pas le Pérou. Noblesse de finance, qui, un beau jour, s’est pendu la brette aux reins.
»D’ailleurs encore, l’idée n’est pas de moi. Elle est, ne t’en déplaise, de mademoiselle Césarine de Mersanz elle-même. Hélas! oui! à la respectable pension Géran, on prend de ces idées-là vers la quinzième année, quand on ne les a pas dès quatorze ans. Césarine aime Vital de toute la somme de tendresse que le contraste peut ajouter à la passion. Et le timide Vital le lui rend avec usure.
»Je n’ai pas pu te dire cela dans ma première lettre parce que je l’ignorais: la grande scène d’insulte, conduite par cette petite Césarine avec tant d’impitoyable audace, était purement une affaire de jalousie. Elle croyait que Vital était l’amant de sa belle-mère.
»En sortant de la vénérable pension Géran, on est apte à faire, du premier coup, de ces suppositions-là.
»Du reste, je ne prétends pas du tout ici te faire part du mariage du pauvre lieutenant Vital avec Césarine de Mersanz. Nous causons toutes deux et je te dis: Si ce mariage se fait, Césarine sera une adorable femme.
»Elle veut voir Béatrice, elle veut embrasser ses genoux, elle veut quitter la maison de son père, elle veut se retirer auprès de Béatrice.—Et toutes ces extravagances paraissent le double de leur taille quand elles sortent de sa bouche.
»Traduction littérale: elle en est folle du lieutenant Vital.