—Consultez votre cœur avant de répondre, chère enfant, ajouta Mélite.

—Mon Dieu, mesdemoiselles, repartit Césarine,—je viens d’avoir seize ans... Ma volonté n’est rien ici, où je suis toute nouvelle...

—Votre volonté est tout! l’interrompirent à la fois les deux Géran.

Césarine continua de ce ton qui veut mettre fin à l’entretien:

—Mon père est le maître... Mon père sait ce qu’il doit faire... Ce que vous reprochez à ma belle-mère...

—Nous ne vous avons pas dit encore, ma fille, prononça sévèrement Philomène,—ce que tout le monde lui reproche!

—Non, appuya Mélite, la plus majestueuse de toutes les mouches du coche,—nous ne vous l’avons pas dit!

Mais Césarine n’avait plus confiance, ou plutôt, l’aversion un peu folle qu’elle nourrissait contre Béatrice s’était évanouie sous le coup des efforts mêmes qu’on avait fait pour l’exalter. Cela rendait à son bon sens natif toute sa liberté. Elle flairait désormais d’instinct une trahison, ou tout au moins une calomnie.

Si elle ne quittait pas en ce moment ses deux anciennes maîtresses, c’est qu’elle attendait Vital, et que l’attente, comme il arrive toujours, doublait et triplait la fougue de sa fantaisie. Il y avait en elle une véritable angoisse. Elle interrogeait avec effroi son pauvre petit cœur, endolori par la première peine d’amour. Elle sentait la fièvre lui monter au cerveau. Elle souffrait comme une femme, l’enfant qu’elle était.

Les paroles des deux Géran bourdonnaient autour de son oreille comme ces bruits extérieurs qui importunent et fatiguent.