Philomène s’adressa gravement à Mélite.

—Ma sœur, dit-elle, faut-il que nous accomplissions notre tâche jusqu’au bout?

—Oui, ma sœur, répondit Mélite aux trois quarts découragée.

—Eh bien, poursuivit Philomène,—je vaincrai ma répugnance... Je dirai à cette pauvre enfant, aveugle et frivole comme son âge: Le nom de votre père est à vous; c’est la meilleure part de votre héritage... Cette femme a sali le nom de votre père!

—Assez, mademoiselle! fit Césarine en se levant à demi;—vous oubliez qui je suis!...

Mélite, toute pâle, pliait et dépliait son foulard, qui n’en pouvait plus.

Philomène, supérieure à l’orage, montra en cette circonstance quel merveilleux talent se cachait sous son exquise modestie.

Elle se leva comme Césarine. Elle l’attira entre ses bras d’un geste véritablement pathétique et la pressa avec passion contre son cœur. Mélite a prétendu depuis qu’elle avait réussi à verser de vraies larmes.

—Chassez-moi donc! s’écria-t-elle en un beau mouvement,—chassez ma sœur!... dites à vos valets d’expulser deux pauvres femmes qui vous donnent à cette heure la preuve de leur incomparable dévouement!...

Mélite mit son foulard sur ses yeux secs, tandis que sa sœur continuait: