»Quand Fromenteau a remis le rapport de Coqueret dans sa poche, je lui ai dit:
»—Avant de passer outre, donnez-moi tous les renseignements que vous avez sur ce Garnier de Clérambault.
»Il a pris aussitôt un air interdit et sournois.
»—Sur ce Garnier de Clérambault! a-t-il répété;—c’est que... j’en demande bien pardon à madame la vicomtesse... ça va allonger la sauce pas mal... et le potage est déjà loin.
»J’ai sonné. J’ai ordonné qu’on servît à souper sur mon guéridon.
»J’aurais donné quelque chose pour avoir un témoin qui vît la figure jubilante de mon Fromenteau à l’aspect des trois plats de viande froide qui furent étalés devant lui. Sa joie était mêlée d’attendrissement. Il regardait tour à tour la volaille froide, le pâté, la daube: une larme pendait à son œil. Je crois que c’était pour la daube, enfouie dans sa gelée d’or.
»Il souriait en même temps. Il était laid à miracle. Je comprends les mariages de Stéphanie. Elle fait comme ce captif à qui le baron des Adrets ordonnait de sauter du haut d’une tour. Elle prend plusieurs fois son élan.
»—Bien des excuses! murmurait-il,—bien des excuses!... et des pardons... si j’ai osé... Madame est si bonne.
»—A table! à table! monsieur Fromenteau.
»J’imitai ces candidats qui tiennent table ouverte avant l’élection. Je versai moi-même à l’amant de Stéphanie son premier verre de vin.