»Il se mit à frétiller comme un chien qu’on caresse. Il se serait bien assis, mais il ne savait pas où poser son chapeau. Ce chapeau, dangereux pour les meubles, fut enfin placé sous la table.

»—Bien des pardons, répétait cependant Fromenteau,—et des excuses... de m’asseoir en présence de madame la vicomtesse.

»—A table! à table!

»Quand tu viendras à Paris, je te donnerai le spectacle de Fromenteau aux prises avec un ambigu. Ah! ma bonne! c’est un beau coup d’œil! Il a des dents qu’on ne soupçonne pas! C’est un des plus vaillants estomacs qu’il m’ait été donné de contempler en ma vie.

»Je savais bien que c’était la daube qui lui mettait la larme à l’œil. Il est d’abord tombé sur la daube avec une voracité sourde, mais implacable. Il ne fait point de grands mouvements, ses mâchoires ne jouent point à la volée. Je ne sais pas te dire, moi; il broie, il avale sans bruit. C’est une mécanique à part. On s’aperçoit seulement qu’une énorme quantité de nourriture disparaît.

»Entre ces deux mots: «Bien des excuses... et des pardons,» il absorbe le dîner d’un être civilisé.

»Et il parle en mangeant quand il veut. Quel brevet à prendre!—Je m’attendais à le voir enfler, comme un boa constrictor, de tout le volume de la daube, du pâté, de la volaille, du pain, du vin, etc.—Point! Cela descend on ne sait où. Mon Fromenteau reste plat comme une sardine et garde toujours ce même air affamé qui est le trait le plus aimable de sa physionomie.

»Au milieu de la daube, il a commencé, la bouche pleine:

»—Bien des pardons... S’il m’était permis de boire à la santé de madame la vicomtesse...

»—Buvez et entrez en matière, monsieur Fromenteau: je vous écoute.