Du reste, la nuit était si sombre, que Garnier ne reconnaissait nullement les traits de cet incommode rôdeur. Il n’était pas éloigné de le prendre pour un confrère.

—Deux au lieu d’un! dit-il à ses invisibles compagnons, prix double et pourboire!

La première créature humaine aperçue par Vital fut cette ombre qui devait passer quelques instants plus tard auprès de Marguerite. Il voulut lui barrer le passage. L’ombre se jeta dans les marais et disparut à ses yeux.

Peut-être l’aurait-il poursuivie, si un bruit de pas ne s’était fait à l’instant même du côté de la rue de l’École. Vital rentra dans le sentier et attendit.

Ce pas approchait. Comme Vital prêtait l’oreille, il reçut un coup de poignard dans le dos, et presque au même instant deux mains se nouèrent autour de son cou. Il n’eut pas le temps de dégainer. Un cri étouffé qu’il entendit près de lui, lui donna à penser qu’une autre attaque avait lieu simultanément.

Vital, vigoureux et vaillant comme nous le connaissons, ne pouvait se laisser égorger sans défense. Malgré sa blessure, il parvint à dégager son cou. Sa main se porta vivement à son épée. On la lui avait arrachée. Il fondit néanmoins sur les deux assaillants réunis contre lui et parvint à s’acculer au mur que bordait le sentier.

Ceci n’avait pas duré la dixième partie d’une minute.

Ce fut à ce moment que Vital, reconnaissant la voix de sa mère, lui cria de ne pas approcher. Ce fut à ce moment aussi que le comte Achille, déjà frappé de deux coups de couteau, croyant que le jeune lieutenant était au nombre de ses meurtriers, prononça les paroles que nous avons rapportées.

Mais Vital avait trouvé sous sa main un bout de perche. Sa propre épée que Clérambault dirigeait contre lui vola en éclats. Il s’élança de nouveau et parvint à dégager Achille, qui mit le poignard à la main.

Telle était la position du combat lorsque Jean Lagard, à la voix de Marguerite, sortit de la salle d’assaut par la fenêtre brisée.